La sagesse de Marsilio Ficino

Dans ce numéro des Chroniques nous souhaiterions proposer la traduction d'un extrait de lettre de Marsilio Ficino, prêtre et philosophe florentin du XVᵉ siècle, qui dirigea l'Académie platonicienne de Florence fondée par Cosimo de' Medici.

Marsilio Ficino

De stultitia et miseria hominum
De la folie et de la misère de l’homme

Marsilio Ficino à Piero Vanni, Cherubino Quarquagli et Domenico Galletti : salut !

Vous avez vu peint à l’Académie la sphère du monde : d’un côté Démocrite riant, de l’autre Héraclite pleurant. Pourquoi donc Démocrite rie, et Héraclite pleure ?

Car l’ensemble de l’humanité est un animal monstrueux, débile et insensé.

Les hommes demandent chaque jour à Dieu qu’il daigne leur prodiguer ses largesses, mais ne prient jamais afin qu’ils en fassent bon usage.

Ils souhaiteraient encore que leur fortune s’appuyât sur leurs désirs, mais ne s’inquiètent pas que leurs désirs devraient s’appuyer sur la raison.

Ils aimeraient que tous les meubles de leur intérieur jusqu’au plus petit bibelot fussent aussi resplendissant que possible, sans jamais se mettre en peine de travailler à embellir leur âme.

Ils sont diligents dans leur quête de remèdes pour les maladies corporelles, tout en négligeant les maux de l’âme.

Ils pensent qu’ils peuvent être en paix avec les autres, alors qu’ils sont continuellement en guerre avec eux-mêmes.

Car il y a une bataille permanente entre le corps et l’âme, entre les senses et la raison.

Ils s’imaginent pouvoir trouver eux-mêmes un ami fidèle parmi les autres, mais pas un seul d’entre eux ne peut garder sa parole.

Ce qu’ils ont loué, ils le rejettent enfin ; ce qu’ils ont désiré, ils n’en veulent seulement plus… et vice versa.

Ils préparent avec force précision les plans d’une construction, et accordent leur lyre au cheveux près, mais ne se mettent jamais en peine d’harmoniser les mouvements de leur âme. Ils font dressent des pierres aux traits si semblables aux hommes, que les hommes vivants même passent pour semblables à la pierre.

Ils méprisent les hommes sages, mais honorent les statues et les noms des sages.

Ils prétendent tout savoir des affaires des autres, alors qu’ils ne connaissent seulement rien des leurs.

[…]

Quel piteux état !

On cherche l’éminence dans le misérable ; la hauteur dans la bassesse ; le bien dans le mal ; le repos dans l’activité ; la paix dans la dissension ; l’abondance dans la pénurie ; en bref : la vie dans la mort.

Je vous en prie donc, mes amis, tâchons de poursuivre les mêmes buts que ceux que nous visons déjà, mais ne les cherchons pas au même endroit. L’homme qui croit qu’il pourra trouver une chose dans son opposé est fou et misérable.

 

Numéro 24

Samedi 25 août

Sᵗ Louis, roi de France.

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